Alliance des Etats Sahéliens vs CEDEAO: l’inévitable confrontation explosive

Le samedi 16 septembre 2023, le Mali, le Burkina Faso et le Niger, trois pays membres de la CEDEAO signent la Charte du Liptako-Gourma et créent ainsi l’Alliance des États du Sahel (AES)

Pourquoi et comment en est-on arrivé là ? Quelles sont les enjeux géopolitiques mais également les implications militaires, économiques et géostratégiques de cette nouvelle organisation sous régionale qui vient bousculer la vision et l’agenda de la CEDEAO ?

Analyse et décryptage.

Pourquoi et comment est née l’Alliance des Etats de Sahel ?

En 2011, les puissances occidentales, profitant du mouvement du Printemps arabe, interviennent militairement en Libye, une intervention qui se solde par l’élimination du Président libyen Mouammar Kadhafi. Une des conséquences de la destruction de l’État libyen sera la prolifération des mouvements terroristes et djihadistes dans les pays Sahéliens d’Afrique. Certains États comme le Mali, le Niger, le Burkina Faso et le Tchad, déjà confrontés à des crises sécuritaires importantes, alimentées par des coups d’État répétitifs ou des mouvements de rébellion armés internes seront encore plus fragilisés avec la radicalisation et l’extension des mouvements terroristes et djihadistes sur leur territoire.

En effet, en janvier 2012, un conflit armé éclate au Mali et oppose dans le nord du pays, les forces armées maliennes aux rebelles Touaregs du Mouvement National pour la Libération de l’Azawad (MNLA).

A partir de 2014, une série de révolutions et de coups d’état secouent le Burkina Faso ce qui affaiblit considérablement sa capacité de coordination d’une stratégie de lutte efficace contre l’ancrage progressif des mouvements terroristes dans le nord du pays.

Depuis des années, le Tchad et le Niger contiennent difficilement les rébellions internes et les mouvements djihadistes sur leur sol.

Ainsi, toute la bande sahélo saharienne est minée par ces crises militaro politiques et sécuritaires qui compromettent le processus d’intégration sous régionale et qui plombent les initiatives et les politiques de développement endogène.

Les puissances occidentales chapeautées par la France vont proposer leur assistance militaire aux pays embourbés dans ces impasses sécuritaires. Face à la faiblesse d’une stratégie d’intervention militaire coordonnée et efficace de la CEDEAO, les occidentaux proposent leur soutien militaire et logistique pour la lutte antiterroriste dans ces différents pays. Plusieurs missions et opérations militaires vont être montées et déployées dans la région Ouest africaine.

Le 25 avril 2013, La Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la Stabilisation au Mali (MINUSMA) est créée par la résolution 2100 du Conseil de sécurité de l’ONU pour appuyer le processus politique dans ce pays et aider les autorités de transition maliennes à stabiliser le pays et à appliquer la feuille de route pour une transition. Son budget est évalué à 1,2 milliard de dollars par an.

En janvier 2013, la France lance l’opération militaire spéciale Serval au Mali. L’objectif est de soutenir les forces armées nationales maliennes qui luttaient contre une offensive des groupes armés islamistes qui ont pris le contrôle de l’Azawad, la partie nord du pays. L’opération Serval s’achève en juillet 2014 lorsque les forces engagées dans le pays intègrent un dispositif régional : l’opération Barkhane.

En effet, lancée le 1er août 2014, L’opération Barkhane est une initiative militaire française au Sahel et dans le Sahara avec l’aide militaire, logistique et financières de certains pays européens comme le Royaume-Uni, le Danemark, l’Estonie, la Suède etc. Son objectif est de lutter contre les groupes armés djihadistes dans toute la région du Sahélo-saharienne. En février 2020, les effectifs engagés comptent plus de 5000 hommes,  des centaines véhicules logistiques et de blindés, une dizaine de drones, d’avions de combat, d’avions de transport et une vingtaine d’hélicoptères.

En février 2014, cinq États du Sahel, à savoir la Mauritanie, le Burkina Faso, le Mali le Niger et le Tchad, motivés par des puissances étrangères, créent le G5 Sahel qui est un cadre institutionnel de coordination et de suivi de la coopération régionale en matière de politiques de développement et de sécurité. Le G5S apparaît en réalité comme le pendant politique et économique sahélien de l’opération militaire française Barkhane et est destiné à améliorer la coordination des activités de sécurité et de défense entre les États Sahéliens.

Malgré le nombre croissant de toutes ces missions militaires et le renforcement de leurs capacités opérationnelles et des dispositifs militaires impressionnants pour endiguer le cancer terroriste qui gangrène la bande sahélo saharienne, la stabilité sociopolitique ne pointe pas à l’horizon. Les attaques djihadistes se multiplient et s’intensifient dans la sous-région au grand désarroi des populations.  Les errements politiques des dirigeants Ouest africains dans la gestion efficace de ces crises terroristes et les soupçons sur d’éventuelles collusions entre ces derniers et les puissances étrangères dans l’éradication des mouvements terroristes alimentent des propagandes de complots. Les autorités politiques de certains États sont accusées de pactiser avec l’Occident qui met tout en œuvre pour ne pas combattre efficacement et durablement le terrorisme au profil de leurs propres intérêts géopolitiques en Afrique.

En effet, comment malgré le déploiement de tous ces dispositifs militaires impressionnants qui pour la plupart ont consacré la partition de certains États comme le Mali, les hordes terroristes continuent de servir ? Pourquoi malgré les capacités technologiques et militaires puissantes en renseignements, en déploiement rapide, en surveillance aérienne par satellite, par drones et avions spécialisés, les forces djihadistes et terroristes continuent de maintenir leur assise territoriale et même de s’étendre ?

Qui finance, équipe et renseigne ces mouvements ?

Pourquoi toutes ces forces armées nationales, régionales et internationales qui comptent des milliers de soldats ont-elles du mal à juguler ce cancer terroriste ? Pourquoi les armées nationales africaines peinent-elles à acquérir auprès des puissances occidentales, du matériel de guerre adapté à leurs théâtres des opérations militaires ?

Pourquoi la force militaire conjointe transfrontalière du G5 Sahel rencontre constamment des problèmes pour se financer et s’équiper convenablement dans sa lutte contre les forces djihadistes et terroristes ?

Autant d’interrogations sans réponses convaincantes qui alimentent les soupçons sur les réelles motivations de la France et ses partenaires quant à leur volonté affichée de vouloir stabiliser la sous-région et lutter contre le terrorisme. Dès lors, un sentiment anti-français et de rejet de la présence militaire occidentale naît et s’amplifie dans les sociétés africaines.

Le 24 février 2022, la Russie lance une invasion militaire de l’Ukraine. Les puissances occidentales se mobilisent très rapidement apportent une assistance militaire sans précédent en équipements et en armements. Des soutiens économiques et financiers massifs sont également consacrés à l’Ukraine. Plus d’un an et demi après le début de cette guerre, au moins 230 milliards d’euros d’aide militaire, financière ou humanitaire ont été apportés à Kiev alors que les pays sahéliens, confrontés depuis des années aux vagues terroristes et aux rebellions internes peinent à mobiliser auprès de ces mêmes puissances occidentales, quelques ressources substantielles de diverses natures indispensables à leur survie ou existence. Pour parler de développement, il faut avant tout exister.

Ce constat amer du double jeu hypocrite des puissances occidentales va finir par convaincre les armées et populations africaines que leur salut ne dépend que d’elles-mêmes. Il leur faut prendre en main la responsabilité de la sauvegarde et de la restauration de l’intégrité de leur territoire et éradiquer par leurs propres moyens, le terrorisme sur leur sol avant de s’engager dans une dynamique de développement socioéconomique structuré.

Le 18 août 2020, les militaires maliens renversent le président Ibrahim Boubacar Keïta et créent le Comité National pour le Salut du Peuple (CNSP). La CEDEAO, conformément à ses textes suspend le Mali de l’Organisation. Le colonel Assimi Goïta finit par s’imposer à la tête du pays en mai 2021. Les nouvelles autorités maliennes engagent une vaste campagne de lutte antiterroriste et une politique de restauration de l’intégrité territoriale en mettant fin à la partition du pays avec l’existence du MNLA au Nord. Face au constat palpable de l’inefficacité des dispositifs militaires onusiens, africains et européens notamment français, Bamako demande une refonte totale des différents mécanismes de lutte antiterroristes et des missions de stabilisation sur son territoire. Le 15 mai 2022, le Mali quitte l’organisation du G5 Sahel. Pour les autorités maliennes, cette organisation était « instrumentalisée par l’extérieur » et n’a jamais été efficace dans sa mission.

Après le rejet du G5 Sahel, le Mali va aussi remettre en cause Barkhane. Pour Bamako, l’opération Barkhane en presque 9 ans de présence sur le sol malien, n’a pas véritabement empêché la prolifération des djihadistes d’où l’exigence de sa fin. Contraint, le président français Emmanuel Macron annonce le 9 novembre 2022, la fin de l’opération Barkhane et le retrait de son dispositif du Mali. C’est donc dans un contexte de sentiment anti-Français grandissant dans la sous-région que les militaires français quittent le Mali. Une part conséquente des moyens de l’opération « Barkhane » sera rapatriée au Niger.

Toujours dans sa ligne directrice de vouloir mettre fin aux nombreuses et inopérantes missions sur son territoire, le 16 juin 2023, le gouvernement de transition du Mali réclame le retrait immédiat de la MINUSMA, la mission onusienne. Le 30 juin, le Conseil de sécurité de l’ONU vote à l’unanimité la fin de la MINUSMA. Le retrait effectif est planifié sur six mois avec une fin effective le 31 décembre 2023.

Le Mali s’engage dans la foulée dans une stratégie politique de diversification de ses partenaires à l’international et renforce sa coopération militaire et économique avec la Russie et la Chine. Les occidentaux et très particulièrement la France, s’insurgent contre la présence de soldats du groupe russe Wagner, présence que Bamako a toujours réfutée.

Le 30 septembre 2022, une mutinerie éclate au Burkina Faso. Le président de la Transition, Paul-Henri Sandaogo Damiba est renversé et le capitaine Ibrahim Traoré prend le pouvoir. La CEDEAO suspend le Burkina Faso et menace avec les sanctions.

Bénéficiant d’un soutien d’envergure après de sa population dans ce contexte de sentiment anti-français grandissant dans la sous-région, les nouvelles autorités burkinabè, engagent la rupture de l’accord de défense qui liait Paris et Ouagadougou. Dans la foulée, l’état-major burkinabè annonce le19 février 2023, la fin des opérations de la force spéciale Sabre au Burkina Faso. L’opération Sabre désigne la « task force » implantée en périphérie de la capitale burkinabè, depuis 2009. Composée de 300 et 400 soldats, cette unité militaire française mène des actions ciblées au Sahel dans la lutte contre le djihadisme, en appui des forces locales. La fin de « Sabre » était devenue l’une des principales revendications des populations et du pouvoir d’autant plus que malgré sa présence et ses capacités militaires importantes, les groupes armés terroristes n’ont cessé d’étendre leur emprise sur le pays, au point de contrôler 40 % du territoire.

Tout comme le Mali, le Burkina Faso diversifie ses partenariats économiques et militaires. La coopération se renforce dans cette perspective entre le pays et la Russie, au grand désarroi de la France qui vient de se faire éjecter du Mali.

Le 26 juillet 2023 au Niger, une junte militaire renverse le président Mohamed Bazoum et prend le pouvoir sous la direction du général Abdourahamane Tiani. Le Niger faut-il le préciser abrite plusieurs bases militaires occidentales notamment françaises. Ce pays sahélien qui dépend à près de 70% du Nigeria pour son approvisionnement en électricité et qui est l’un des plus pauvres au monde fournit paradoxalement (et selon les sources européennes), près de 25% de l’uranium consommé dans l’UE pour produire l’électricité.

Face à ce énième coup d’état en Afrique de l’Ouest qui met en péril ses intérêts géopolitiques sur le continent, la France, irritée, déclenche des sanctions et des menaces tous azimuts.  L’UE gèle toute assistance financière au Niger, suspend les différentes coopérations dans divers domaines. De nouveau, la CEDEAO, en application de ses textes, suspend le Niger et impose des sanctions de tous ordres. Toutes les transactions commerciales et financières entre les Etats membres de la CEDEAO et le Niger sont suspendues. Dans les banques centrales de la CEDEAO, les avoirs de la République du Niger sont gelés. La CEDEAO menace d’intervenir militairement pour rétablir le président Mohamed Bazoum. Il va s’en suivre une crise politico-diplomatique au sein de l’espace CEDEAO. Si certains Etats membres sont réticents à une éventuelle intervention armée contre le Niger, d’autres pays notamment le Nigeria, la Côte d’Ivoire et le Sénégal optent pour la fermeté contre les régimes militaires donc pour un engagement militaire au Niger. Une intervention qui finalement n’aura pas lieu.

Les nouvelles autorités du Niger après leur prise de pouvoir exigent le départ de l’ambassadeur français et le retrait des troupes françaises du territoire. La France avec une frénésie qui frise la panique géopolitique s’oppose catégoriquement aux exigences nigériennes sous prétexte de ne pas reconnaitre le nouveau pouvoir. Un bras de fer politico-diplomatique va encore opposer Paris et Niamey. Face à la pression de la population nigérienne qui a apporté un soutien massif et indéfectible aux nouvelles autorités militaires, la France finit par céder. Elle rappelle son ambassadeur Sylvain Itté le 27 septembre et entame le retrait de ses forces militaires présentes au Niger à partir du 10 octobre 2023. 

Aussi, le 13 septembre 2023, le Ministère de la culture français envoie une lettre aux Directions régionales des affaires culturelles (Drac), leur intimant de suspendre jusqu’à nouvel ordre toute coopération culturelle avec les ressortissants du Niger, du Mali et du Burkina Faso.

Le 15 septembre, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche français annonce la suspension des visas étudiants pour les personnes en provenance du Mali, du Niger et du Burkina Faso.   

C’est dans ce contexte de crispation des rapports entre ces trois pays Ouest-africains et la France d’une part et d’autre part entre ces trois pays et la CEDEAO que l’initiative de la création de l’Alliance des Etats du Sahel intervient. Signé le 16 septembre 2023, c’est un pacte de défense mutuelle entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso. L’accord est conclu dans le contexte d’une crise politique en cours au Niger, contre lequel la CEDEAO menaçait d’intervenir militairement. L’alliance a été créée pour aider à contrer d’éventuelles menaces de rébellion armée ou d’agression extérieure, en soulignant que « toute attaque contre la souveraineté et l’intégrité territoriale d’une ou plusieurs parties contractantes sera considérée comme une agression contre les autres parties ».

Initialement, l’Alliance est créée dans l’objectif de mutualiser leurs moyens militaires pour contrer d’éventuelles menaces de rébellion armée ou d’agression extérieure mais également combattre les groupes terroristes ou djihadistes. Mais les trois pays tenteront d’aller plus loin en se proposant de fonder une véritable union économique et politique. Sur le plan économique, ils annoncent leur intention de renforcer les échanges, de mener ensemble des projets énergétiques et industriels, de créer une banque d’investissement et même une compagnie aérienne communes.

L’Alliance des États du Sahel se dessine ainsi comme une alternative à la CEDEAO qui selon les autorités militaires et les populations des trois pays sahéliens serait une organisation injuste, inféodée et manipulée par la France, une organisation incapable de comprendre et de défendre les intérêts de la Communauté.

Voilà pourquoi et comment est née l’Alliance des Etats du Sahel.

Quels sont les enjeux géopolitiques et les implications militaires, économiques et géostratégiques liés à la création de l’AES ?

Au plan militaire et sécuritaire :

On assiste avec pragmatisme depuis l’avènement des régimes militaires actuels, au renforcement des capacités opérationnelles des Etats de l’AES dont les armées, régulièrement confrontées aux batailles d’envergure contre le terrorisme transfrontalier sont devenues de plus en plus aguerries.  Grâce à de nouvelles coopérations nouées par les Etats de l’AES notamment avec la Russie et la Chine, leurs dispositifs opérationnels militaires ont été renforcés avec l’acquisition régulière de moyens et matériels de combats performants (blindés, drones, hélicoptères et avions de combats etc.). Les capacités en matière de renseignements et de surveillance territoriale se sont également diversifiées et renforcées. Même si les groupes terroristes sont encore actifs dans ces pays, il faut reconnaitre que leur capacité de nuisance et leur emprise territoriale dans la bande sahélo-saharienne ont été fortement affaiblies. Ce que tous les mécanismes, dispositifs et missions de l’ONU et de la France n’ont pas réussi en une décennie.

Au niveau géopolitique :

L’Afrique de l’Ouest devient un terrain de confrontation géopolitique entre les puissances étrangères notamment la Russie qui soutient implicitement les Etat du Sahel et la France qui est fortement présente dans la politique de plusieurs pays francophones de la CEDEAO. Cette confrontation géopolitique toutefois, peut être un facteur stimulant et le réel catalyseur d’un véritable processus de développement endogène de l’espace CEDEAO.

En effet, la sous-région pourrait tirer profit de la diversification des partenariats économique et militaire dans ce contexte certes conflictuel. La France n’a aujourd’hui d’autres choix que de réviser sa politique africaine en abandonnant la conception paternaliste de ses relations avec les Etats africains. Si elle tient à se maintenir sur le continent, ce qui est indiscutablement une nécessité vitale pour elle,  la France doit absolument redéfinir sa politique africaine, en proposant une coopération à visage humain basée sur le respect de la souveraineté des Etats africains et surtout en tenant compte des profondes aspirations de la jeune génération à vouloir s’inscrire dans le concert des nations avec une fierté décomplexée.

Quant à la Russie, elle a aujourd’hui intérêt à asseoir des bases saines d’une coopération équitable et durable avec ses nouveaux partenaires africains. Le rejet de la France de l’Afrique est une illustration de l’éveil d’une conscience africaine engagée. Les rapports de force et les relations de dominant dominé ne pourront plus prospérer sur le continent. Et comme toutes les grandes puissances veulent coûte que coûte se maintenir en Afrique pour tirer profit de ses immenses richesses naturelles insuffisamment explorées et exploitées, elles auront tout intérêt à établir de nouveaux rapports qui se normalisent dans le respect mutuel et qui se fondent sur des partenariats gagnant-gagnant. La Chine ne l’oublions pas est en train de s’enraciner sans grand bruit. Sa stratégie de coopération qui consiste en général à ne point s’immiscer dans les affaires intérieures de ses partenaires et l’éveil spontanée d’une jeunesse africaine décomplexée, exploitant au maximum le potentiel des nouvelles technologies de communication et des réseaux sociaux à divers niveaux, rabattent et reconfigurent les cartes géopolitiques et par conséquent, contraignent toutes les grandes puissances à actualiser leurs politiques africaines.

Au niveau économique et géostratégique :

La création de l’AES dans sa version et sa configuration actuelles, tend à compromettre à long terme, toutes les initiatives historiques engagées par les Pères Fondateurs et leurs successeurs pour promouvoir l’intégration économique en Afrique de l’Ouest. La CEDEAO étant une organisation sous régionale à caractère économique, l’horizon semble aujourd’hui et plus que jamais très trouble et incertain  dans la réalisation de sa vision et de sa mission qui est de bâtir un marché commun dans la perspective de la création d’une union douanière et d’une monnaie commune.

Rappelons que le projet de création d’une monnaie unique en Afrique de l’Ouest, initié par les Pères Fondateurs, débute le 1er juin 1983. Pour ces derniers, une intégration monétaire régionale contribuerait de manière substantielle à rechercher des solutions optimales et pragmatiques aux dysfonctionnements qui entravent la compétitivité et les performances économiques des pays Ouest-africains. Cette intégration monétaire permettrait de résoudre le problème de la multiplicité des monnaies et de la variabilité des taux de change qui affectent le commerce intra régional. C’est dans dynamique que le 29 juin 2019, la Conférence de la CEDEAO réunie à Abuja au Nigeria adopte le nom ECO pour la nouvelle monnaie. Le symbole de la monnaie est EC. La banque centrale sera dénommée : la Banque Centrale de l’Afrique de l’Ouest (BCAO).

La création de l’AES et la volonté clairement affichée de ses dirigeants de constituer à leur niveau un marché commun, de mutualiser leurs politiques économiques et industrielles sonne comme un coup de massue porté aux initiatives d’intégration économique et financière de l’espace CEDEAO. Tous les mécanismes et structures financiers de la sous-région seront très impactés. A titre d’exemple le Tarif Extérieur Commun, mis en place par la CEDEAO qui est un véritable instrument de mobilisation de ressources financières au sein de l’espace CEDEAO risque une paralysie sévère avec la non coopération des trois pays sahéliens.

Bref, les différents axes de l’intégration prônés par la CEDEAO, au plan politique, socioculturel, économique et monétaire, mais aussi la coopération commerciale, douanière, sécuritaire, en matière d’infrastructures et de politique environnementale semblent tous aujourd’hui en péril entre les 12 Etats membres de la CEDEAO et leurs 3 voisins de l’AES.

Toutefois, il n’y a pas de quoi perdre espoir. Les africains trouveront certainement d’ultimes ressources pour se restructurer et envisager l’avenir dans une vision commune. Des initiatives diplomatiques d’envergure endogènes sont toujours en cours pour renouer le dialogue au sein de la Communauté. Le dialogue et la négociation finiront par prévaloir et l’apaisement politique entre les Etats membres se verra. Toutes ces tensions politiques actuelles et factuelles, loin d’émousser la conscience communautaire naissante et fièrement affirmée et affichée, suscitent plutôt des forces créatrices et libératrices endogènes dynamiques qui, exploitées dans une synergie d’actions pourront déclencher ou enclencher le véritable processus du développement durable de notre espace communautaire. Et comme on le dit en Côte d’Ivoire : « Découragement n’est pas ivoirien ». Et je dirai même plus : « Découragement n’est pas Ouest-Africain ». Tout est encore possible. C’est pourquoi les populations de notre sous-région, au-delà des crises politiques qui crispent aujourd’hui les relations, ne doivent pas oublier que d’une manière ou d’une autre, nous avons intérêt à avancer ensemble. Les pays de l’AES ne pourront pas amorcer un réel et durable développement socioéconomique et culturel sans leurs frères Ouest-Africains. Les autres Etats membres de la CEDEAO avanceront difficilement sans des politiques harmonisées avec leurs voisins du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Il y a une forte interdépendance entre les 15 Etats de notre espace sur les questions sécuritaires, migratoires, socioéconomiques, énergétiques, infrastructurelles etc. C’est donc ensemble que nous réussirons. C’est pourquoi, « Ensemble, bâtissons la Communauté des peuples ».

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Une réflexion au sujet de « Alliance des Etats Sahéliens vs CEDEAO: l’inévitable confrontation explosive »

  1. Dommage pour la CEDEAO qui a montré toutes ses limites, qui a prouvé à tous qu’elle ne vaut rien et qu’elle n’est point une organisation des peuples plutôt des chefs d’État délinquants et indignes à la solde de la France terroriste et de l’Union Européenne, qu’elle est une organisation de désintégration des peuples. Plus rien ne nous fera croire en cette CEDEAO dirigée par ces <> marionnettes, totalement acquis à la cause de la France aux détriment de celle de leur peuple, sans une seule germe d’humanisme.
    Les Etats de l’AES et leurs peuples à la tête desquels nos valeureux chefs d’État militaires et dignes ont compris le jeu et sont désormais avertis et résolus dans leur dynamique de quête de la souveraineté totale, vraie et réelle. Aucun discours, aucune manœuvre ne nous fera fléchir.
    Vive l’AES
    A la vie et à la mort, fidèle et fraternel…!

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