Cinquantenaire de la CEDEAO : quel bilan ?

Cinquantenaire de la CEDEAO : entre idéal d'unité et réalités de fragmentation nationale | Club CEDEAO

Conférence • Cinquantenaire de la CEDEAO • 2025

Cinquantenaire de la CEDEAO : entre idéal d'unité et réalités de fragmentation nationale

Koffi Kouassi Club CEDEAO — Abidjan 28 mai 1975 — 28 mai 2025

À l'heure de ses 50 ans, la CEDEAO célèbre un demi-siècle d'ambitions portées par le vent de l'histoire — mais aussi marqué par les tempêtes de la fragmentation, de la défiance et des promesses encore inachevées. Entre le rêve d'une Afrique de l'Ouest unie et les réalités d'un espace régional secoué par les crises, où en est vraiment le projet communautaire ouest-africain ?

1975
Traité de Lagos
Acte fondateur
15
États membres
à la fondation
400M
Habitants
dans l'espace CEDEAO
700 Md$
Marché commun
estimé en 2025
12
États membres
depuis janvier 2025
62,7%
Part du PIB régional
détenue par le Nigeria
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Section I

Un rêve né à Lagos en 1975 : l'acte fondateur

Le 28 mai 1975. Lagos, Nigeria. Dans une salle comble, quinze chefs d'État et de gouvernement de l'Afrique de l'Ouest apposent leur signature sur le Traité de Lagos, acte de naissance de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest — la CEDEAO. L'air est chargé d'espoir. La vision est grandiose : faire de cette sous-région un espace uni, prospère, souverain, où les hommes, les femmes, les marchandises et les capitaux circulent librement, sans entraves, comme le faisaient autrefois les caravanes qui traversaient le Sahara ou les pirogues sur le Niger.

Cinquante ans plus tard, le 28 mai 2025, les festivités du cinquantenaire ont officiellement débuté à Accra, au Ghana, sous un ciel chargé d'une symbolique ambivalente. Les discours célèbrent les acquis. Mais dans les couloirs, les diplomates murmurent. Car ce jubilé d'or se tient dans un contexte inédit : pour la première fois en un demi-siècle, la CEDEAO a perdu des membres. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont officiellement quitté l'organisation le 29 janvier 2025, emportant avec eux 16 % de la population du bloc et créant une fracture géopolitique que certains analystes qualifient de « Sahelexit ».

Comment en est-on arrivé là ? Que reste-t-il du rêve de Lagos ? Et surtout, la CEDEAO peut-elle encore se réinventer pour les cinquante prochaines années ? Voilà les questions que cet article se propose d'explorer, avec rigueur, avec lucidité, et avec l'espoir que l'Afrique de l'Ouest saura trouver les ressources de son unité dans les profondeurs de son histoire commune.

Section II

Le projet communautaire : ambitions et réalisations

2.1. Une architecture institutionnelle ambitieuse

La CEDEAO repose sur une structure institutionnelle complexe et sophistiquée, qui témoigne de l'ambition de ses fondateurs. À sa tête, la Conférence des chefs d'État et de gouvernement constitue l'organe suprême de décision. Elle est assistée du Conseil des ministres, qui coordonne les politiques sectorielles, et de la Commission de la CEDEAO, basée à Abuja (Nigeria), véritable bras exécutif de l'organisation. À cela s'ajoutent le Parlement de la CEDEAO (siégeant à Abuja), la Cour de justice communautaire, et des institutions financières telles que la Banque d'Investissement et de Développement de la CEDEAO (BIDC), établie à Lomé.

Le traité révisé de 1993 a considérablement élargi les missions initiales de l'organisation, intégrant des dimensions politiques, sécuritaires et humanitaires qui n'avaient pas été prévues dans le texte fondateur de 1975. Cette révision a été le tournant décisif qui a transformé la CEDEAO d'un simple club économique en une organisation d'intégration régionale multidimensionnelle.

2.2. La libre circulation des personnes : le principal acquis

Parmi les réalisations les plus tangibles de la CEDEAO, la libre circulation des personnes occupe une place de choix. Le Protocole sur la libre circulation des personnes, le droit de résidence et d'établissement, adopté dès 1979, a permis à des millions de citoyens ouest-africains de franchir les frontières sans visa, de s'installer, de travailler et de commercer dans les États membres. Le passeport CEDEAO, document commun de voyage, est devenu le symbole concret de cette appartenance à un espace régional partagé.

Les données de l'Indice d'Intégration Régionale en Afrique (IIRA) confirment que la libre circulation reste le domaine où la CEDEAO affiche ses meilleures performances. La Côte d'Ivoire, avec un score d'intégration de 0,718/1, et le Nigeria, avec 0,540, sont les économies les plus intégrées, jouant le rôle de locomotives de cet espace régional.

« La CEDEAO a été une force stabilisatrice majeure en Afrique de l'Ouest, et sans elle, de nombreuses crises auraient pris une tournure beaucoup plus violente. »

— Alhaji Mohamed Ibn Chambas, ancien représentant spécial des Nations Unies pour l'Afrique de l'Ouest

2.3. L'ECOMOG : quand l'Afrique de l'Ouest s'est levée pour la paix

En 1990, alors que le Liberia s'enfonce dans l'horreur de la guerre civile, la CEDEAO décide de franchir une ligne jamais encore franchie par une organisation régionale africaine : elle déploie sa propre force militaire d'intervention. L'ECOMOG (Economic Community of West African States Cease-fire Monitoring Group) naît ainsi dans le feu et le sang du conflit libérien. Ce moment est historique, émouvant même, car des soldats nigérians, ghanéens, sierra-léonais, guinéens et sénégalais choisissent ensemble de mettre leur vie en danger pour un pays frère.

L'ECOMOG intervient ensuite en Sierra Leone (1997-2000), en Guinée-Bissau (1998-1999) et accompagne les transitions politiques dans plusieurs pays. Deux décennies de maintien de la paix, avec des résultats mitigés certes, mais avec une dimension symbolique forte : l'Afrique de l'Ouest prouvait qu'elle pouvait gérer ses propres crises sans attendre l'intervention des puissances extérieures.

2.4. Le Tarif Extérieur Commun (TEC) et l'intégration économique

Sur le plan économique, la CEDEAO représente aujourd'hui un marché commun estimé à plus de 700 milliards de dollars, regroupant environ 400 millions d'habitants. Le Nigeria, géant incontournable, représente à lui seul 62,7 % du PIB régional. La Côte d'Ivoire, avec 30 % du total des échanges commerciaux intra-CEDEAO en 2024, est devenue la première puissance commerciale de la sous-région — une performance remarquable pour un pays qui a connu une décennie de crise politique.

La région CEDEAO est le deuxième espace économique le plus dynamique d'Afrique, ayant connu une croissance du PIB allant jusqu'à 4,4 % en 2021, avant de ralentir à 3,6 % en 2023 sous l'effet de la hausse des prix alimentaires et énergétiques. Le Tarif Extérieur Commun (TEC), entré en vigueur en 2015, a permis d'harmoniser les droits de douane entre les États membres, et les investissements dans les infrastructures de communication ont progressé de plus de 125 % entre 2018 et 2024.

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Section III

Les fractures : quand la réalité rattrape le rêve

3.1. Le commerce intra-régional : une promesse encore tenue à distance

Malgré ces avancées, les données économiques révèlent une vérité moins flatteuse. Le commerce entre les pays membres de la CEDEAO reste modeste, très en deçà de son potentiel. L'Indice d'Intégration Régionale en Afrique attribue à la CEDEAO un score moyen modéré de 0,425 sur 1, avec une faiblesse particulièrement criante en matière d'intégration productive. Sept des quinze pays membres affichent une quasi-absence d'intégration productive, et le Niger y obtient un score de zéro.

Les infrastructures peinent à connecter efficacement les capitales et les zones commerciales. Un commerçant qui souhaite transporter des marchandises d'Abidjan à Bamako ou de Lagos à Dakar fait face à des tracasseries administratives multiples, des barrières informelles et des coûts de transaction élevés qui annulent les bénéfices théoriques du marché commun. L'intégration existe sur les textes ; elle tarde encore à habiter la vie quotidienne des populations.

3.2. La crise de la gouvernance démocratique : les coups d'État en rafale

Le coup de tonnerre commence avec le Mali. En août 2020, un putsch militaire renverse le président Ibrahim Boubacar Keïta. Un second coup d'État survient en mai 2021. Puis c'est la Guinée, en septembre 2021, sous les bottes du colonel Mamadi Doumbouya. Puis le Burkina Faso, deux fois en quelques mois (janvier et septembre 2022). Enfin le Niger, en juillet 2023, avec le renversement du président Mohamed Bazoum — la sixième prise de pouvoir militaire en trois ans dans la sous-région.

Chaque coup d'État met la CEDEAO face à une contradiction majeure. Le Protocole additionnel sur la démocratie et la bonne gouvernance (2001) lui impose de condamner fermement tout changement anticonstitutionnel de gouvernement. Mais comment sanctionner des régimes parfois soutenus par leurs propres populations, dans des pays où la misère, la corruption et l'insécurité avaient miné la confiance dans les institutions démocratiques élues ?

La CEDEAO est accusée d'être un « syndicat des chefs d'État », prompt à défendre les dirigeants élus mais sourd aux souffrances des peuples. Cette perception, qu'elle soit juste ou injuste, a été fatale à sa crédibilité auprès d'une jeunesse de plus en plus critique et mobilisée.

3.3. La fracture sahélienne : une crise existentielle

Janvier 2024. Le Burkina Faso, le Mali et le Niger annoncent officiellement leur volonté de quitter la CEDEAO, reprochant à l'organisation de s'être éloignée des idéaux de ses pères fondateurs et du panafricanisme. Le 29 janvier 2025, après l'expiration du délai de préavis réglementaire d'un an, le départ devient effectif. C'est la première fois en cinquante ans d'histoire que des États membres quittent l'organisation.

Ces trois pays, réunis depuis septembre 2023 au sein de l'Alliance des États du Sahel (AES) — fondée sur la Charte de Liptako-Gourma —, rejettent simultanément leurs partenariats militaires avec la France, l'Union européenne et les forces américaines, pour se tourner vers la Russie. Ils créent leur propre passeport, leur propre union douanière et affirment avec force leur souveraineté retrouvée.

Pour la CEDEAO, le choc est immense. Le Burkina Faso, le Mali et le Niger représentaient 16 % de la population du bloc (environ 68 millions d'habitants) et 7 % de son économie. Début 2025, 7,5 millions de personnes dans ces trois pays étaient classées en situation de crise alimentaire, d'urgence ou de famine — une catastrophe humanitaire que la désintégration régionale risque d'aggraver.

« La fracture la plus visible reste celle du retrait officiel du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Cette scission marque une rupture historique : jamais, en cinquante ans, la CEDEAO n'avait connu un tel départ collectif. »

— Afrique Diplomatique, mai 2025
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Section IV

L'enjeu identitaire : nationalisme contre régionalisme

4.1. Les peuples avant les États : la tragédie de frontières héritées

Pour comprendre les tensions qui déchirent la CEDEAO, il faut remonter aux origines. Les frontières des États ouest-africains ne sont pas nées des peuples ; elles leur ont été imposées lors de la Conférence de Berlin (1884-1885), par des puissances coloniales européennes qui ont tracé leurs lignes sur des cartes sans se soucier des ethnies, des langues, des royaumes et des cultures. Le résultat ? Des nations-États artificielles qui peinent à construire une identité nationale forte, tout en étant appelées à s'intégrer dans un espace régional encore plus vaste.

Un Peul du Niger est plus proche culturellement, linguistiquement et spirituellement d'un Peul du Sénégal ou du Nigeria que de certains compatriotes de son propre pays. Ces réalités anthropologiques profondes rendent l'idéal régional à la fois plus nécessaire et plus difficile à concrétiser.

4.2. La langue, le droit et la monnaie : les divisions institutionnalisées

Au sein de la CEDEAO cohabitent des systèmes juridiques issus de la Common Law britannique (Nigeria, Ghana, Sierra Leone, Gambie, Liberia) et du droit civil français (Côte d'Ivoire, Sénégal, Mali, Burkina Faso, Niger, Bénin, Togo, Guinée). Les langues officielles sont l'anglais, le français et le portugais (Cap-Vert et Guinée-Bissau).

La question monétaire est particulièrement révélatrice des fractures régionales. Huit pays de l'UEMOA partagent le franc CFA, arrimé à l'euro. Le projet ambitieux d'une monnaie unique ouest-africaine — l'Eco — est annoncé depuis les années 2000, maintes fois reporté, et demeure à ce jour une utopie institutionnelle. La dernière date-butoir fixée pour son lancement, 2027, semble peu réaliste tant les critères de convergence économique ne sont pas atteints par la majorité des États membres.

4.3. L'anti-impérialisme comme ciment de la fragmentation

Les juntes sahéliennes ont instrumentalisé le sentiment anti-français et anti-occidental pour légitimer leur rupture avec la CEDEAO. Ce faisant, elles ont touché une corde sensible dans des sociétés où des décennies de frustration post-coloniale avaient accumulé une charge émotionnelle explosive. Les jeunes de Bamako, Ouagadougou et Niamey qui brandissent des drapeaux russes ne sont pas nécessairement pro-russes ; ils expriment d'abord un ras-le-bol profond contre un système international perçu comme inégalitaire.

Cette réalité oblige la CEDEAO à une introspection douloureuse mais indispensable. La contestation de l'organisation est aussi une contestation d'un modèle économique jugé inégalitaire et d'une gouvernance régionale perçue comme élitiste et déconnectée des réalités populaires.

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Section V

Les défis contemporains : sécurité, climat et numérique

5.1. La menace jihadiste : un feu qui se propage

Depuis plus d'une décennie, les groupes armés terroristes — filiales d'Al-Qaïda comme le JNIM (Groupe de Soutien à l'Islam et aux Musulmans) et affiliés à l'État islamique — étendent leur emprise au Sahel et menacent désormais de coloniser les États côtiers. Le Bénin, le Togo, la Côte d'Ivoire et le Ghana font face à des incursions de plus en plus fréquentes dans leurs zones septentrionales.

Face à cette menace transnationale, la désintégration de la CEDEAO est particulièrement dangereuse. Les jihadistes ne respectent pas les frontières nationales ; ils exploitent précisément les espaces de faiblesse institutionnelle et les ruptures de coopération entre États.

5.2. Le changement climatique : une bombe à retardement

La crise climatique frappe l'Afrique de l'Ouest avec une brutalité sans précédent. Les sécheresses s'intensifient dans le Sahel. Les inondations dévastent les zones côtières. La montée du niveau de la mer menace des villes comme Cotonou, Lomé et Abidjan. Dans les trois pays de l'AES, le coût d'un régime alimentaire nutritif quotidien est 110 % plus élevé que le salaire minimum journalier en Afrique de l'Ouest.

5.3. Le retard numérique : un continent qui attend sa révolution

La pénétration du haut débit fixe demeure inférieure à 10 % dans la région. Pourtant, l'économie numérique représente une opportunité historique : des start-ups comme Flutterwave (Nigeria), Wave (Sénégal) ou Julaya (Côte d'Ivoire) montrent que l'Afrique de l'Ouest peut innover et disrupter des secteurs entiers. La CEDEAO doit se doter d'une stratégie numérique régionale ambitieuse pour ne pas rater ce train de la transformation digitale.

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Section VI

Vers une CEDEAO refondée : perspectives et horizons

6.1. Le dialogue avec l'AES : le fil tenu de l'espoir

Malgré la rupture formelle, le dialogue entre la CEDEAO et les pays de l'AES n'est pas rompu. Les premières discussions exploratoires ont été amorcées, témoignant d'une volonté — même prudente — de maintenir un fil de communication. Lors de la conférence du 28 mai 2025 à Accra, l'ancien président ghanéen Nana Akufo-Addo, président en exercice de la CEDEAO, a appelé à une réforme inclusive : « Nous devons réformer notre organisation pour la rendre plus inclusive et plus réactive face aux défis qui se présentent. »

6.2. Les réformes indispensables : écouter les peuples

Les recommandations issues du cinquantenaire convergent vers plusieurs axes prioritaires : renforcer la gouvernance interne de l'organisation, réduire les lenteurs bureaucratiques, améliorer la transparence financière, et rendre les institutions communautaires plus responsables devant les citoyens. Les participants à la conférence du cinquantenaire ont également proposé la création d'universités régionales CEDEAO, l'inclusion systématique des jeunes dans les politiques publiques et la mise en place d'un mécanisme de dialogue permanent pour prévenir les crises.

6.3. La CEDEAO et l'Union africaine : s'inscrire dans un projet continental

La CEDEAO est l'une des huit Communautés Économiques Régionales (CER) reconnues par l'Union Africaine comme piliers de l'intégration continentale prévue par l'Agenda 2063. La Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAf), entrée en vigueur en 2021, offre un cadre continental dans lequel la CEDEAO peut jouer un rôle moteur. Sur ce point, la Côte d'Ivoire donne l'exemple : avec 30 % du total des échanges de la CEDEAO en 2024 et un taux de croissance de 6,1 %, elle prouve qu'une intégration régionale réussie peut être un puissant vecteur de développement national.

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Conclusion

L'Afrique de l'Ouest au carrefour des destins

Cinquante ans. Cinquante ans de rêves, de combats, d'échecs et de victoires. Cinquante ans durant lesquels la CEDEAO a prouvé que les peuples d'Afrique de l'Ouest pouvaient s'unir, même imparfaitement, même douloureusement. Elle a maintenu la paix là où la guerre menaçait. Elle a facilité la libre circulation de millions de citoyens. Elle a construit des institutions, posé les bases d'un droit régional, créé des mécanismes de dialogue.

Mais elle a aussi échoué à convaincre tous ses peuples de la valeur de l'unité. Elle a été trop lente, trop rigide, trop bureaucratique, parfois trop alignée sur les intérêts des puissants. Elle n'a pas su prévenir les coups d'État qui ont fracturé son espace politique. Elle paie aujourd'hui le prix de ces insuffisances.

Ce cinquantenaire n'est pas qu'un moment de célébration : c'est un point de bascule. Soit la CEDEAO parvient à se réinventer en se reconnectant aux aspirations profondes des peuples ouest-africains, soit elle risque de voir son projet d'intégration s'effriter au profit d'alliances parallèles et d'un éclatement du rêve ouest-africain.

Mais l'histoire de l'Afrique de l'Ouest n'est pas une histoire de résignation. Elle est une histoire de résistance, de résilience et de renaissance. Les mêmes peuples qui ont résisté à la colonisation, qui ont arraché leur indépendance, qui ont survécu à des décennies de crises, sont capables de bâtir ensemble un avenir meilleur. La CEDEAO, si elle sait se réformer en profondeur, si elle sait écouter ses jeunes, ses femmes, ses intellectuels et ses entrepreneurs, peut encore être ce que ses fondateurs ont voulu qu'elle soit : le bouclier et l'épée d'une Afrique de l'Ouest libre, unie et prospère.

La balle est dans le camp des dirigeants. Mais surtout — et c'est là la leçon la plus profonde du cinquantenaire — la balle est dans le camp des peuples. Car c'est eux, les citoyens ordinaires de Lagos et d'Abidjan, de Dakar et d'Accra, de Conakry et de Freetown, qui sont les véritables bâtisseurs de l'unité régionale. Une CEDEAO des peuples n'est pas une utopie : c'est une nécessité historique. Et l'histoire, comme l'a si bien dit Cheikh Anta Diop, appartient toujours à ceux qui osent la faire.

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Sources et références

  • Africanews — « La CEDEAO célèbre 50 ans entre volonté politique et fractures régionales », mai 2025.
  • Africa News Agency — « CEDEAO : 50 ans d'intégration régionale entre acquis, tensions et avenir incertain », mai 2025.
  • Afrique Diplomatique — « Cedeao : 50 ans d'intégration, mais à quel prix ? », mai 2025.
  • International Crisis Group — « Alliance des États du Sahel : le divorce avec la CEDEAO peut-il être évité ? », décembre 2024.
  • The Conversation — « La désintégration de la CEDEAO pourrait faire flamber les prix alimentaires », février 2025.
  • Afrik Management — « 50 ans de la CEDEAO : un appel fort à une refondation inclusive », juin 2025.
  • Agence Ivoirienne de Presse (AIP) — « Les infrastructures constituent le moteur essentiel de l'intégration économique dans la CEDEAO », novembre 2025.
  • IIRA/ARII — Indice d'Intégration Régionale en Afrique, rapport 2024.
  • CNUCED — Rapport 2024 sur le développement économique en Afrique, lancé à Abidjan.
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