Les 15 pays de la CEDEAO : présentation complète et crise avec l'AES
Un guide pédagogique pour comprendre la composition, les enjeux et les fractures actuelles de l'organisation ouest-africaine.
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1. La CEDEAO : origines et objectifs
La Communauté Économique des États de l'Afrique de l'Ouest voit le jour le 28 mai 1975 à Lagos, au Nigeria, avec la signature du Traité de Lagos par seize États fondateurs. Son acte de naissance est le fruit d'une conviction partagée par les chefs d'État de la région : les économies ouest-africaines, fragmentées par les frontières héritées de la colonisation, ne pourront se développer efficacement qu'en s'intégrant.
Dès l'origine, la CEDEAO se fixe des objectifs ambitieux : favoriser la libre circulation des personnes et des biens, harmoniser les politiques économiques, monétaires et financières, développer un marché commun et, à terme, créer une monnaie unique. Ces ambitions sont progressivement renforcées par le Traité révisé de 1993, qui élargit le mandat de l'organisation aux questions de paix et de sécurité.
L'organisation dispose aujourd'hui d'un ensemble d'institutions : la Conférence des chefs d'État et de gouvernement (organe suprême), le Conseil des ministres, la Commission de la CEDEAO (basée à Abuja, Nigeria), le Parlement de la CEDEAO (basé à Accra, Ghana), la Cour de justice de la CEDEAO (basée à Abuja) et la Banque d'investissement et de développement de la CEDEAO (BIDC, basée à Lomé, Togo).
Une organisation à géométrie variable
Si tous les membres partagent les objectifs généraux de l'organisation, leurs niveaux d'intégration varient. Huit pays utilisent le franc CFA (UEMOA) : le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo. Les autres disposent de monnaies nationales. Cette dualité monétaire est l'un des obstacles majeurs à la pleine intégration économique de la région.
2. Les 15 pays membres en un coup d'œil
Voici une synthèse des quinze États qui composent la CEDEAO, avec leurs principales caractéristiques. Les pays marqués AES ont annoncé leur retrait de l'organisation.
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| 🏳️ | Pays | Capitale | Population | Langue | Monnaie |
|---|---|---|---|---|---|
| 🇧🇯 | Bénin | Porto-Novo | ~13 millions | Français | Franc CFA |
| 🇧🇫 | Burkina Faso AES | Ouagadougou | ~23 millions | Français | Franc CFA |
| 🇨🇻 | Cap-Vert | Praia | ~600 000 | Portugais | Escudo |
| 🇨🇮 | Côte d'Ivoire | Yamoussoukro* | ~29 millions | Français | Franc CFA |
| 🇬🇲 | Gambie | Banjul | ~2,7 millions | Anglais | Dalasi |
| 🇬🇭 | Ghana | Accra | ~34 millions | Anglais | Cedi |
| 🇬🇳 | Guinée | Conakry | ~14 millions | Français | Franc guinéen |
| 🇬🇼 | Guinée-Bissau | Bissau | ~2,1 millions | Portugais | Franc CFA |
| 🇱🇷 | Liberia | Monrovia | ~5,4 millions | Anglais | Dollar libérien |
| 🇲🇱 | Mali AES | Bamako | ~23 millions | Français | Franc CFA |
| 🇳🇪 | Niger AES | Niamey | ~26 millions | Français | Franc CFA |
| 🇳🇬 | Nigeria | Abuja | ~225 millions | Anglais | Naira |
| 🇸🇳 | Sénégal | Dakar | ~17 millions | Français | Franc CFA |
| 🇸🇱 | Sierra Leone | Freetown | ~8,6 millions | Anglais | Leone |
| 🇹🇬 | Togo | Lomé | ~8,7 millions | Français | Franc CFA |
* Yamoussoukro est la capitale officielle, Abidjan reste le siège du gouvernement et la capitale économique.
3. Présentation des pays membres
Voici une présentation approfondie de chacun des quinze membres actuels de la CEDEAO, avec leurs atouts, leur rôle au sein de l'organisation et leur situation particulière.
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Bénin
Petit pays côtier, le Bénin est l'un des modèles démocratiques de la sous-région. Son port de Cotonou est un débouché maritime stratégique pour les pays enclavés du Sahel.
Burkina Faso
AESPays sahélien enclavé, le Burkina traverse depuis 2015 une grave crise sécuritaire. Après deux coups d'État (2022), la junte a annoncé le retrait de la CEDEAO et l'adhésion à l'AES.
Cap-Vert
Archipel atlantique, le Cap-Vert est l'un des pays les plus stables et les plus développés de la CEDEAO, avec l'un des meilleurs IDH d'Afrique subsaharienne.
Côte d'Ivoire
Première économie de l'UEMOA, la Côte d'Ivoire est un pilier de la CEDEAO. Premier producteur mondial de cacao, Abidjan est la capitale économique et financière de la sous-région.
Gambie
Plus petit pays du continent, la Gambie est entièrement enclavée dans le Sénégal. La CEDEAO a joué un rôle décisif dans la chute du dictateur Yahya Jammeh en 2017.
Ghana
Démocratie solide avec des alternances régulières, le Ghana accueille le Parlement et la Cour de justice de la CEDEAO. Deuxième économie anglophone de la sous-région.
Guinée
Riche en bauxite et en minerais, la Guinée reste sous transition militaire depuis le coup d'État de 2021. La CEDEAO lui a imposé des sanctions et exige un retour à l'ordre constitutionnel.
Guinée-Bissau
L'un des pays les moins développés au monde, la Guinée-Bissau a connu une instabilité politique chronique. La CEDEAO y est intervenue à plusieurs reprises pour préserver les institutions.
Liberia
Fondé au XIXe siècle par des esclaves affranchis, le Liberia a traversé deux guerres civiles (1989-2003). L'ECOMOG y a joué un rôle crucial pour rétablir la paix. Le pays est en reconstruction.
Mali
AESAprès deux coups d'État (2020, 2021), la junte a expulsé les forces françaises et s'est tournée vers la Russie. Le Mali a officiellement quitté la CEDEAO en janvier 2025 pour rejoindre l'AES.
Niger
AESPremier producteur d'uranium en Afrique, le Niger est au cœur des tensions sahéliennes. Le coup d'État de juillet 2023 a déclenché la crise la plus grave de l'histoire récente de la CEDEAO.
Nigeria
Géant de la CEDEAO, le Nigeria représente ~70% du PIB régional. Première économie africaine et premier producteur de pétrole du continent, il accueille le siège de la Commission à Abuja.
Sénégal
Référence démocratique en Afrique de l'Ouest, le Sénégal n'a jamais connu de coup d'État depuis 1960. Dakar est un hub régional majeur pour les affaires et la diplomatie.
Sierra Leone
Dévastée par une guerre civile (1991-2002), la Sierra Leone a retrouvé la paix grâce notamment à l'ECOMOG. Riche en diamants, le pays est aujourd'hui en voie de consolidation démocratique.
Togo
Petit pays côtier stratégique, le Togo accueille le siège de la BIDC à Lomé. Son port est l'un des plus actifs de la sous-région et il joue régulièrement un rôle de médiateur dans les crises.
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4. La crise avec l'AES : quand la CEDEAO se fracture
Le retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger constitue la plus grave crise de l'histoire de la CEDEAO. Les négociations se poursuivent et la situation reste dynamique.
Qu'est-ce que l'AES ?
L'Alliance des États du Sahel (AES) est une organisation créée le 16 septembre 2023 à Bamako par le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Elle naît d'abord comme un pacte de défense mutuelle, avant d'évoluer vers un projet d'intégration régionale plus large. En janvier 2025, les trois pays officialisent leur retrait de la CEDEAO.
L'AES se positionne explicitement comme une alternative à la CEDEAO, accusée d'être un instrument au service des intérêts occidentaux. Les trois pays ont simultanément expulsé les forces militaires françaises et conclu des partenariats stratégiques avec la Russie, notamment avec le groupe Wagner (rebaptisé Africa Corps).
La chronologie de la rupture
Les griefs des pays de l'AES
Les dirigeants de l'AES reprochent principalement à la CEDEAO son manque d'efficacité face à la menace jihadiste, malgré des années de présence de forces étrangères. Ils dénoncent également les sanctions économiques punitives qui ont davantage appauvri les populations que les régimes visés, et ce qu'ils perçoivent comme une instrumentalisation de l'organisation par les puissances occidentales.
« La CEDEAO est devenue une menace pour ses membres et ses populations, au lieu d'être un espace de bonheur et de progrès. »
— Déclaration conjointe des gouvernements de l'AES, janvier 2024
La réponse de la CEDEAO
La CEDEAO a d'abord adopté une posture ferme avant de se montrer plus accommodante. Elle défend le principe selon lequel tout changement de pouvoir par la force doit être sanctionné, au nom du Protocole additionnel sur la démocratie de 2001. Des médiateurs comme le président togolais Faure Gnassingbé ont multiplié les efforts diplomatiques pour trouver une issue négociée.
5. Quels enjeux pour l'avenir de la CEDEAO ?
La crise avec l'AES révèle des tensions de fond qui existaient depuis longtemps mais que la multiplication des coups d'État a brutalement mis en lumière.
Un affaiblissement économique réel
Le Burkina, le Mali et le Niger représentent ~72 millions d'habitants au cœur de la sous-région. Leur retrait fragilise les corridors commerciaux sahéliens et affecte des millions de travailleurs migrants dont la liberté de circulation était garantie par les protocoles de la CEDEAO.
La question de la monnaie unique ECO
Le projet de monnaie unique régionale ECO, déjà laborieux, est aujourd'hui encore plus compromis. Le retrait de trois membres de l'UEMOA (zone franc CFA) complique une convergence monétaire qui nécessite une harmonisation de toutes les économies de la région.
Le défi sécuritaire
La menace jihadiste ne s'arrête pas aux frontières. Sans coopération avec le Burkina, le Mali et le Niger, les pays côtiers — Bénin, Togo, Ghana — font face à une progression du jihadisme vers le sud. La fracture de l'AES affaiblit la réponse collective à une menace transnationale.
Un signal pour toute l'Afrique
Au-delà de l'Afrique de l'Ouest, la création de l'AES pose la question de la légitimité des organisations régionales africaines et de leur capacité à répondre aux aspirations de souveraineté et de justice économique de plus en plus revendiquées par les populations du continent.
Conclusion : la CEDEAO à la croisée des chemins
La CEDEAO reste, malgré la crise, l'organisation d'intégration la plus avancée du continent africain. En cinquante ans d'existence, elle a contribué à maintenir la paix, à faciliter la libre circulation de millions de personnes et à construire les bases d'un marché commun ouest-africain.
Mais la fracture avec l'AES l'oblige à se réinventer. Pour regagner la confiance des États sahéliens et prévenir d'autres retraits, elle devra démontrer qu'elle peut répondre efficacement aux enjeux sécuritaires, économiques et de souveraineté de ses membres.
L'avenir de l'Afrique de l'Ouest se joue en grande partie dans cette capacité à surmonter les divisions actuelles et à bâtir une solidarité régionale à la hauteur des défis du XXIe siècle.